L'atelier

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L'Atelier

Film de LAurent Cantet en sortie le 11 octobre

 

Avec L’Atelier, Laurent Cantet prouve une nouvelle fois qu’il est l’un des réalisateurs les des plus contemporains et en prise directe avec les questions qui secouent la société : les rapports sociaux dans Ressources humaines (1999), le travail dans L’Emploi du temps (2001), la jeunesse dans Entre les murs (Palme d’Or à Cannes en 2008). Un cinéaste de la lutte, de la confrontation, qui questionne constamment le rapport au dialogue dans la société. Un cinéma doux et violent à la fois. En tension. À l’image de la société qu’il décrit.

Comment la jeunesse peut-elle trouver sa place dans une société fracturée, socialement et culturellement ? C’est le questionnement au cœur de L’Atelier. La scène se passe à  Ciotat. Au cours d’un atelier d’écriture, quelques jeunes en insertion doivent écrire un roman noir avec l’aide d’Olivia, romancière qui connait un certain succès. Au fil des échanges et des propositions resurgissent le passé ouvrier et communiste de la ville ou la présence (fusse-t-ellefantomatique) du chantier naval fermé depuis 25 ans (et reconverti aujourd’hui dans la réparation de yachts). Parmi ce groupe de jeunes, Antoine (Matthieu Lucci, fulgurante révélation) dénote. Ce passé ne l’intéresse pas et il semble animé d’une violence qui le pousse à la confrontation avec le groupe.

Laurent Cantet fait un cinéma qui « pense », qui « cherche » à travers la fiction. L’intelligence et la force d’un regard documentaire, allié à la puissance d’évocation de la fiction. « Penser » et « chercher », tâtonner et créer, c’est aussi le programme de l’atelier d’écriture mené par Olivia qui maîtrise l’art de faire advenir la parole, de la faire circuler dans le groupe. C’est à travers son écoute que l’on découvre les jeunes réunis dans cette démarche créative. Comme à son habitude, Laurent Cantet utilise un dispositif à plusieurs caméras qui lui permet de filmer les scènes dans leur continuité.

Mais ce qui l’intéresse surtout, c’est de voir comment chacun trouve sa place dans le collectif. Or, très vite, volontairement ou non, Antoine se trouve exclu du groupe. La violence de ses textes, ses provocations répétées passent mal… La tension du film vient d’ailleurs des courants contraires qui le traversent. D’un côté, Olivia, la formatrice (Marina Foïs, superbement dépouillée), qui représente « l’élite » (fascinante et repoussante) pour ces jeunes, et confrontée à la difficulté, malgré toute sa bonne volonté, de trouver les mots pour panser les plaies d’une jeunesse déboussolée. De l’autre, Antoine, qui semble renfermer une violence qui ne demande qu’à s’échapper (par la création littéraire ou par d’autres moyens). Il est le cœur battant de la fiction, mais il en est aussi l’inconnue. Sans boussole. Son personnage semble repousser les limites de la fiction. Il est une page blanche, une énigme, ce qui en fait à la fois l’intérêt et le danger

C’est en effet par lui que la violence s’infiltre dans le naturalisme de la mise en scène de Laurent Cantet et que la chronique quotidienne de l’atelier d’écriture prend des aspects de film noir. À travers le personnage d’Antoine et l’ambiguïté de sa relation avec Olivia, L’Atelier sonde la noirceur des abysses où peut mener l’ennui et le désœuvrement. Et l’impasse d’une société fracturée qui ne parvient plus à communiquer avec sa jeunesse tentée par la radicalisation. « Il aurait pu tirer sur quelqu’un, juste pour que quelque chose se passe », écrit Antoine. Rarement un film aura su restituer ce sentiment avec une telle précision. L’Atelier est un grand film politique, le plus pertinent et passionnant vu depuis longtemps.

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