L'ordre des choses

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Rinaldi, policier italien de grande expérience, est envoyé par son gouvernement en Libye afin de négocier le maintien des migrants sur le sol africain. Sur place, il se heurte à la complexité des rapports tribaux libyens et à la puissance des trafiquants exploitant la détresse des réfugiés. Au cours de son enquête, il rencontre dans un centre de rétention, Swada, une jeune Somalienne qui le supplie de l’aider. Habituellement froid et méthodique, Rinaldi va devoir faire un choix douloureux entre sa conscience et la raison d’Etat : est-il possible de renverser l’ordre des choses ?

 Composée de documentaires et de fictions, sa filmographie prouve bien que le réalisateur italien Andrea Sagre s’intéresse au territoire tant géographique que social de la Vénétie mais aussi et surtout à la migration. En 2010, son premier long-métrage La petite Venise traitant de la rencontre improbable entre un vieux pêcheur italien et une jeune immigrée chinoise remporte plusieurs prix et est distribué dans plus de 30 pays.

Avec ce troisième film, il aborde le sujet très brûlant de la venue des migrants en Europe et de leur accueil ou plutôt des stratagèmes mis en place pour qu’ils n’atteignent pas les frontières européennes tout en permettant aux membres de l’Union Européenne de s’acheter une bonne conscience toute relative. L’opinion publique se scandalise de ces récits de naufrages régulièrement relatés par les médias. Qu’à cela ne tienne ! L’Italie, en coordination avec l’Allemagne et la France, d’où la présence d’un policier français et d’un responsable allemand dans le film, organise une politique de refoulement en détenant les migrants en Libye dans des centres gérés par des milices dangereuses, incontrôlables et surtout libres d’utiliser des méthodes inhumaines.

C’est cette vérité cachée aux peuples européens que le réalisateur veut faire éclater. Pour faire vivre cette fiction à qui un ton détaché et dénué de tout jugement donne des allures de solide documentaire et restituer au plus juste les propos des fonctionnaires européens qui se sont confiés à lui, il choisit de créer des personnages fictifs à qui ces témoignages minutieux accordent une authenticité précieuse qu’il s’agisse de personnages secondaires ou de notre héros, le superflic Corrado Rinaldi, interprété par l’excellent Paolo Pierobon. Placé au cœur de l’intrigue, il est l’âme du drame humain qui se déroule sous nos yeux. De nombreuses scènes le montrant seul, obsédé par la voix de cette jeune femme qui l’appelle à l’aide, reflètent fidèlement son tourment. Sa vie de famille rassurante, son statut de représentant de l’ordre lui intimant de ne jamais s’épancher sur le sort des personnes emprisonnées, ses allers-retours perpétuels catalyseurs du contraste entre une Italie protectrice et une Libye, réceptacle de toutes les violences, accentuent encore son conflit intérieur. Tiraillé entre son devoir de discipline et ses émotions, il symbolise l’état d’esprit partagé par bon nombre d’entre nous et illustre cette crise d’identité que traverse l’Europe qui n’hésite pas à remettre en question ses principes démocratiques les plus élémentaires. 
Un film sans concessions mais nécessaire qui, en réveillant la conscience des citoyens que nous sommes, pose la question de l’avenir de l’Europe.

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